Le secteur de la volaille au Maroc est actuellement sous le microscope du Conseil de la concurrence, qui a entamé une enquête de terrain focalisée sur la chaîne d’approvisionnement des aliments pour volailles. Ce secteur, stratégique pour la production de viande blanche, est d’autant plus préoccupant à la lumière de l’escalade des prix des aliments composés, qui représentent une composante essentielle des coûts de production.
Le Conseil, après avoir émis un premier avis sur la question, a jugé nécessaire d’approfondir l’investigation sur les dysfonctionnements potentiels qui affectent cette filière. Une décision qui fait suite à la flambée des prix des matières premières destinées à l’alimentation animale, une hausse qui impacte directement le coût de production des volailles et, par conséquent, le prix final de la viande sur le marché. L’enquête se concentre sur la chaîne complète de production des volailles, qui se divise en trois étapes cruciales : la production des poussins, l’engraissement et la mise sur le marché des volailles.
Le Conseil de la concurrence cherche à comprendre les mécanismes de fixation des prix et les pratiques commerciales dans le secteur des aliments pour volailles, en mettant particulièrement l’accent sur les grands acteurs du marché. Un porte-parole du Conseil a précisé que l’enquête pourrait amener à des conclusions importantes sur la conformité des pratiques avec les normes de concurrence. « Cette étude implique de solliciter les acteurs concernés et de s’inspirer des modèles internationaux pour une analyse plus fine de la situation du marché marocain », a-t-il déclaré. L’objectif est d’identifier d’éventuels déséquilibres ou comportements anticoncurrentiels dans ce secteur.
L’élévation des prix des aliments pour volailles a connu des pics inquiétants ces dernières semaines, atteignant parfois 30 dirhams , ce qui a exacerbé la tension sur le marché. Une situation d’autant plus pressante que le prix de vente de la viande de volaille a suivi une courbe ascendante, rendant cette denrée de plus en plus inabordable pour une large frange de la population. Ce phénomène a plongé les professionnels du secteur dans une incertitude croissante, eux qui se retrouvent désormais à jongler avec un faible pouvoir d’achat des consommateurs, ce qui impacte directement leurs ventes.
La tension se fait d’autant plus sentir dans les étals, où les commerçants constatent une baisse nette de la demande. Plusieurs détaillants évoquent un repli de la consommation, indiquant qu’un nombre croissant de Marocains se détourne de l’achat de poulet en raison des prix prohibitifs. “La viande de poulet a atteint 25 dirhams le kilo, un chiffre qui n’a cessé de grimper, au point de rendre cette protéine de moins en moins accessible”, confient certains acteurs du marché. En effet, le prix en gros a atteint 23,4 dirhams, un coût qui a directement impacté les prix de vente au détail.
Les causes de cette situation sont multiples, mais plusieurs acteurs du secteur pointent du doigt la hausse du prix des poussins et la raréfaction de l’offre. Cette tendance s’accompagne d’une réduction notable de la capacité d’achat des consommateurs marocains, qui se souviennent d’une époque où un kilo de poulet coûtait encore moins de huit dirhams. Aujourd’hui, avec un prix moyen de 25 dirhams, l’accessibilité de cette viande populaire est sérieusement compromise.
Le Conseil de la concurrence, tout en analysant les spécificités locales, pourrait proposer des mesures pour réguler ce marché en crise. Il se pourrait que les conclusions de l’enquête aboutissent à des recommandations sur la restructuration de la chaîne de production ou même à des sanctions, si des pratiques anticoncurrentielles sont révélées. Dans tous les cas, cet examen approfondi vise à restaurer un équilibre indispensable entre les acteurs du secteur et à garantir une offre de volaille accessible à une population de plus en plus affectée par les hausses de prix.
Ainsi, l’enquête en cours pourrait devenir un levier essentiel pour redéfinir l’équilibre économique du secteur de la volaille au Maroc, tout en protégeant les intérêts des consommateurs et en assurant une régulation efficace du marché. Les mois à venir seront déterminants pour ce secteur clé de l’économie marocaine.
Hicham TOUATI




