La polémique autour des subventions gouvernementales accordées à l’importation et à l’élevage du bétail prend une nouvelle tournure. Trois groupes parlementaires d’opposition – le Mouvement Populaire, le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) et le Groupe Justice et Développement (PJD) – viennent d’annoncer conjointement la création d’une commission d’enquête. Cette initiative transversale, regroupant des formations politiques de différentes sensibilités, intervient alors que les mesures gouvernementales censées stabiliser les prix de la viande peinent à démontrer leur efficacité.
Depuis fin 2022, les importateurs bénéficient pourtant d’avantages substantiels : exonération des droits de douane et de la TVA, complétées par des subventions directes pour l’Aïd al-Adha en 2023 et 2024. Or, malgré l’injection de 437 millions de dirhams et l’importation de 875 000 têtes de bétail, les prix n’ont pas fléchi. Bien au contraire, les consommateurs subissent une hausse persistante, ce qui alimente les suspicions de détournement ou de mauvaise gestion des fonds publics.
Les déclarations gouvernementales, qui font état de 156 bénéficiaires répartis sur deux ans, n’ont pas réussi à apaiser les tensions. D’une part, les chiffres officiels semblent en décalage avec la réalité du marché ; d’autre part, l’absence de transparence dans l’attribution des aides laisse planer le doute sur d’éventuels privilèges accordés à certains opérateurs. C’est précisément pour répondre à ces inquiétudes que la commission parlementaire entend agir. Non seulement elle examinera le nombre réel de bénéficiaires et le respect des critères d’éligibilité, mais elle évaluera surtout l’impact réel de ces subventions sur l’économie et le pouvoir d’achat des ménages.
Cette initiative parlementaire révèle les profondes tensions autour de la politique agricole du gouvernement. Alors que la majorité parlementaire défend une approche libérale visant à fluidifier les importations, l’opposition dénonce un système opaque qui pénalise à la fois les éleveurs locaux et les consommateurs. Le ministre de l’Agriculture avait pourtant assuré que ces mesures permettraient de stabiliser les prix à moins de 70 dirhams le kilo – une promesse loin d’être tenue.
Au-delà des aspects économiques, cette commission d’enquête pose un véritable défi démocratique. D’autant que la défiance grandissante envers les institutions exige des réponses claires. Si les parlementaires parviennent à identifier les dysfonctionnements et à proposer des correctifs, ils pourraient restaurer une partie de la confiance perdue. Dans le cas contraire, le fossé entre les promesses officielles et le quotidien des citoyens risquerait de se creuser davantage.
En définitive, cette commission ne se limite pas à un simple exercice de contrôle technique. Elle engage, plus profondément, la crédibilité de l’action publique et sa capacité à concilier libéralisation économique et justice sociale. Les conclusions de ses travaux seront donc scrutées avec attention, tant par les professionnels du secteur que par des Marocains toujours plus exigeants en matière de transparence et d’efficacité des politiques publiques.
Hicham TOUATI




